Charte Qualité Fleur

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La parole à ...

Christian Morel, fleuriste

Ce qui compte pour moi, c'est de faire quelque chose d'original, qu'on n'a jamais vu.
Christian Morel
Christian Morel

Originaire des Vosges, Christian Morel s'est installé il y a 13 ans à Paris, dans le 11è arrondissement, et a très vite fait parler de lui. Il faut dire qu'il a gagné un client de prestige, le Grand Hôtel Intercontinental à Paris, palace mythique situé à côté de l'Opéra. De grands salons en enfilade, un style très flamboyant, la nécessité pour le fleuriste de composer avec ce décor tout en n'étant pas écrasé par lui. Le parti pris retenu par Christian Morel est celui de la légèreté, de la transparence, de l'orchidée. Rencontre avec un jeune fleuriste passionné par son sujet et qui n'a pas fini de nous étonner.

Q : Comment définiriez-vous votre style ?
CM : Il y a quelques années, je faisais des choses relativement champêtres, puis je suis passé à un style épuré, moderne, tout en restant dans l'opulence des fleurs, en adéquation avec ce que je réalise pour le Grand Hôtel Intercontinental et qui se retrouve dans ma boutique rue Oberkampf. J'utilise très peu de feuillage. Je dirais que j'aime travailler la fleur pour la fleur.

Q : Comment s'est passée la compétition pour le Grand Hôtel Intercontinental ?
CM : C'était un vrai défi, durant une semaine, il fallait fleurir le restaurant étoilé du Grand Hôtel. Les vases étaient suspendus à des lustres. Il était décidé que les fleuristes devaient faire de cette difficulté un véritable challenge. Le lendemain du 1er mai, je m'en souviens très bien, il a fallu que tout soit en place et je n'avais plus rien en magasin. Il ne me restait que des roses jaunes, j'avais reçu un gros carton de thym et j'ai acheté deux caisses de citrons. Le résultat a plu à la direction. J'aime bien travailler dans l'urgence et dans ce système de débrouille qui stimule l'imagination !

Q : Quelles sont les spécificités pour un tel environnement, qui est à la fois un hôtel majestueux et un véritable monument de la capitale ?
CM : Respecter le lieu tout en renouvelant le regard qu'on porte dessus. Depuis 7 ans que je travaille pour le Grand Hôtel, même si les choses évoluent, le style adopté reste très simple, très épuré. Comme l'endroit est assez chargé, il faut adapter les compositions. On a fait de grands bouquets de plus de deux mètres dans des pots chinois puis avec la directrice nous avons travaillé dans une autre voie. On est arrivé aujourd'hui à une ribambelle de vases en verre, avec principalement des phalaenopsis (orchidée papillon), qui créent une répétition à l'œil et une rupture très originale. Le résultat : des orchidées blanches dans des pots blancs et avec du sable blanc. C'est le mot d'ordre pour ce début d'année.

Q : Avez-vous carte blanche pour ce fleurissement ?
CM : Non, bien sûr, je dois m'adapter à des contraintes budgétaires. Et puis aussi à un code couleur à respecter. Outre le blanc, le rouge bordeaux va très bien avec le Grand Hôtel. Cela m'a permis de faire des compositions avec des tiges croisées (roses, amaryllis) que l'on voyait dans les pots. Cette synergie de tiges donnait quelque chose de très carré, de très structuré, qui ajoutait une touche moderne à un lieu classique. La tenue en vase compte beaucoup dans un tel environnement.

Q : Jouez-vous des matières dans vos compositions ?
CM : Pas vraiment. La plupart des fleuristes travaillent avec des vases opaques et de la mousse. Moi je n'utilise que de l'eau et des colorants. Mon credo c'est la fleur en masse et des arrangements simples. Le vase est là pour mettre en valeur la fleur. Je fais très attention au contenant et au contenu. De quelques centimètres jusqu'à hauteur d'homme, je joue avec les vases, c'est pourquoi j'en ai 3 500 en stock !

Q : Le côté évènementiel vous plaît beaucoup ?

CM : Oui, d'abord parce qu'il y a beaucoup de réceptions chaque jour au Grand Hôtel et qu'il faut pouvoir faire face à des dîners de gala où se trouvent parfois 700 personnes. Cela veut dire composer avec des milliers de tiges pour les centres de tables, relever des défis ! Par exemple, lors de l'exposition Picasso, pour un buffet, il fallait trouver l'idée afin de recréer un tableau de fleurs, façon cubiste. J'ai pris des boîtes carrées, on les a empilées puis on a mis une ou deux fleurs à l'intérieur avec les couleurs en transparence.

Q : Comment travaillez-vous avec vos clients ?

CM : J'envoie mes projets par e-mail, on fait des prototypes (je suis entouré par une équipe de 6 personnes). Je vends avant tout un concept, une ambiance. Une fois la réalisation achevée, je veux que les gens fassent « waouh ! ». C'est ma plus belle récompense. Sinon, on est un marchand de fleurs.

Q : Quel regard portez-vous sur la production française ?
CM : Parmi les fleurs que j'apprécie, outre les roses et les orchidées, il y a les pois de senteur, les pivoines, le mimosa, le lys... Les producteurs français ont des atouts. Plus de 80% de mes fleurs en boutique viennent de Rungis et d'un approvisionnement français.

Q : Quels sont vos prochains défis ?
CM : Ce qui compte pour moi c'est de faire quelque chose d'original, qu'on n'a jamais vu. Et d'essayer de se dépasser à chaque fois. Il y a un prix, le prix Villégiature qui est décerné par les plus grands hôtels d'Europe. Nous sommes arrivés en troisième position derrière le Ritz et le George V. Voilà un défi, être sur la première marche du podium !

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